Ginux : un noyau Rust compatible Linux, créé avec une IA en 11 jours
Ginux est un noyau de système d'exploitation indépendant, écrit principalement en Rust, présenté le 27 octobre 2026 par Gregory Kurtzer, fondateur de CentOS et de Rocky Linux. Il n'est pas un fork de Linux, mais il implémente l'ABI Linux : des programmes Linux existants peuvent s'y exécuter sans modification. Un agent IA (Codex, modèle GPT-5.6 Sol) en a écrit l'essentiel en onze jours, soit environ 139 000 lignes de code conservées. C'est un prototype de recherche, validé uniquement en machine virtuelle, qui ne vise pas à remplacer Linux.
Fiche d'identité de Ginux
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom | Ginux (le « G » renvoie à GPT et à Greg) |
| Auteur | Gregory Kurtzer, fondateur de CentOS et de Rocky Linux, cofondateur de CIQ |
| Annonce | 27 octobre 2026 |
| Type | Noyau x86-64 indépendant, Rust en priorité, non dérivé de Linux |
| Compatibilité | ABI Linux (binaires Linux exécutables sans modification, dans certains cas) |
| Méthode | Human-Directed Agentic Engineering (HDAE) |
| Agent IA | Codex avec GPT-5.6 Sol, une seule tâche persistante de 11 jours |
| Volume | Environ 139 000 lignes conservées, plus de 1 000 commits |
| Licence | Apache 2.0 |
| Statut | Prototype de recherche, testé sous QEMU uniquement |
| Dépôt | github.com/gmkurtzer/ginux |
Qu'est-ce que Ginux ?
Ginux est un noyau écrit de zéro. Il dispose de sa propre gestion de la mémoire, de son ordonnanceur, de son modèle de processus, de ses systèmes de fichiers, de sa pile réseau et de la prise en charge de certains périphériques. Il se construit sous la forme d'une image unique, GINUX.EFI, qui démarre directement via UEFI, sans noyau Linux hôte.
Sa particularité est d'être compatible avec l'ABI Linux, c'est-à-dire l'interface binaire par laquelle les programmes compilés dialoguent avec le noyau. Dans la présentation du projet, Linux est une « personnalité » exposée par Ginux et non le noyau qui tourne en dessous.
Qui est Gregory Kurtzer ?
Gregory Kurtzer est connu dans l'écosystème Linux pour avoir créé CentOS, puis lancé Rocky Linux comme remplaçant communautaire lorsque Red Hat a mis fin à CentOS Linux. Il a aussi cofondé CIQ, qui propose du support professionnel autour de Rocky Linux. Son parcours explique la cible du projet : faire tourner une distribution d'entreprise sur un noyau qui n'est pas Linux.
Comment Ginux a-t-il été construit en 11 jours ?
Kurtzer appelle sa méthode Human-Directed Agentic Engineering (HDAE) et l'a décrite dans un rapport technique publié sur Zenodo. Le principe repose sur un partage des rôles :
- L'humain fixe l'architecture, les contraintes, les jalons, les critères d'acceptation et décide quand s'arrêter.
- L'agent IA exécute la boucle d'implémentation : écrire, démarrer le système, tester, diagnostiquer les échecs, corriger, recommencer, contre des vérifications exécutables.
Pour Ginux, cela a représenté une seule tâche Codex (GPT-5.6 Sol) pendant onze jours. Des documents d'architecture ont maintenu l'agent aligné sur le cap, et de vrais espaces utilisateur, comme Rocky Linux, ont révélé des défauts que des tests synthétiques ne détectaient pas. Le résultat repose donc sur une expertise humaine qui pilote l'agent, pas sur une génération autonome.
Que sait faire Ginux aujourd'hui ?
- Démarrer Rocky Linux 10 jusqu'à systemd : l'espace utilisateur atteint la cible
multi-user.targetde systemd. - Exécuter certains programmes d'Alpine Linux, comme musl et BusyBox.
- Isoler des « domaines » : chacun a ses processus, son espace d'adressage, son système de fichiers et son cycle de vie. Le projet les présente comme des frontières plus fortes que les conteneurs ou les espaces de noms Linux.
- Utiliser des images OCI : Ginux récupère et vérifie des images pour assembler le système de fichiers racine d'un domaine.
Temps de démarrage annoncé : selon un document de benchmark du projet, relayé par IT-Connect, Rocky Linux 10 atteint multi-user.target en 12,9 secondes (médiane) sur Ginux, contre 42,6 secondes sur le noyau Linux. Ces mesures proviennent du projet lui-même, en environnement virtualisé : elles n'ont pas fait l'objet d'une vérification indépendante.
Quelles sont les limites de Ginux ?
Ginux est un prototype de recherche sous licence Apache 2.0, non destiné à la production. À ce jour :
- il ne tourne que dans une machine virtuelle (QEMU) ;
- il n'existe aucun profil pour du matériel physique, ni prise en charge des GPU ou du NVMe ;
- aucun audit de sécurité indépendant n'a été réalisé ;
- seule une partie des programmes Linux fonctionne.
La compatibilité avec l'ABI Linux est de plus une cible mouvante : des composants comme systemd adoptent régulièrement de nouveaux appels système, ce qui impose un suivi continu.
Ce que dit Kurtzer lui-même
Dans son annonce sur X, Kurtzer présente Ginux comme un noyau Linux-compatible qui démarre Rocky Linux 10 avec systemd. Sa conclusion reste mesurée : l'IA peut produire des systèmes logiciels complexes, mais la compatibilité, la sécurité, la prise en charge du matériel, les standards, la communauté et la maintenance restent ce qui fait la différence dans la durée.
Ce qu'il faut en retenir
- Le prototypage change d'échelle. Un expert guidé par des tests exécutables peut produire en quelques jours ce qui demandait une équipe et des mois.
- Les tests sont le garde-fou. La boucle test, diagnostic, correction rend la méthode exploitable, et les cas réels (une distribution complète) trouvent ce que les tests synthétiques manquent.
- L'expertise reste le facteur limitant. Sans architecture et critères d'acceptation posés par un humain, l'agent n'a pas de cap.
- Un prototype n'est pas un produit. Fiabilité, sécurité, matériel et maintenance se construisent sur des années.
Questions fréquentes sur Ginux
Qu'est-ce que Ginux ?
Ginux est un noyau de système d'exploitation indépendant, écrit principalement en Rust, qui implémente l'ABI Linux pour exécuter des programmes Linux sans noyau Linux.
Ginux est-il un fork de Linux ?
Non. Ginux est écrit de zéro et n'est pas dérivé du noyau Linux. Il expose seulement une compatibilité avec l'ABI Linux.
Qui a créé Ginux ?
Gregory Kurtzer, fondateur de CentOS et de Rocky Linux, a dirigé le projet. Le code a été écrit en grande partie par un agent IA (Codex avec GPT-5.6 Sol).
Combien de temps a pris le développement ?
Onze jours, en une seule tâche persistante, pour environ 139 000 lignes de code conservées et plus de 1 000 commits.
Peut-on utiliser Ginux en production ?
Non. Le projet est un prototype de recherche, testé uniquement en machine virtuelle, sans audit de sécurité indépendant.
Ginux est-il open source ?
Oui, sous licence Apache 2.0, sur le dépôt GitHub du projet.
Qu'est-ce que la Human-Directed Agentic Engineering ?
C'est la méthode de Kurtzer : l'humain définit architecture, jalons et critères d'acceptation, et l'agent IA écrit, teste, diagnostique et corrige en boucle.
Sources et références
- Dépôt du projet : github.com/gmkurtzer/ginux
- Rapport technique HDAE : zenodo.org/records/23682548
- Annonce de l'auteur : x.com/gmkurtzer
- It's FOSS, « Rocky Linux Creator Built a New "Not Linux" Kernel in 11 Days Using AI » (27 octobre 2026) : itsfoss.com/news/ginux
- IT-Connect, article sur Ginux et benchmark de démarrage : it-connect.fr
Pour aller plus loin
- Notre article sur le noyau Linux 7.3 : https://www.pointerlab.fr/blog/linux-7-3-nouveautes-logiciels-embarques-critiques

